2026 a été marquée à ce jour par 3 vagues de chaleurs jusqu’à présent inédites tant par leur intensité que par leur durée. Elle a mis à rude épreuve bon nombre d’élevages et a provoqué une hausse des mortalités difficilement quantifiables pour l’instant.
Face aux difficultés terrains engendrées, nous avons donc essayé de mesurer les températures dans des salles d’engraissement avec quelques méthodes de refroidissement faciles à mettre en place, en accord avec les pratiques courantes sur cet élevage.
Les pratiques testées sont : la pose de panneaux réfléchissants en aluminium et le trempage du toit.
Élevage et dispositif expérimental :
L’élevage, situé près de Vitré (35), est un bâtiment d’engraissement en bande unique avec trois salles de 180 places. Les salles sont toutes exposées “Ouest” avec deux fenêtres par salle (voir photo ci-dessous). Côté “Est” se trouve une haie végétale au niveau de l’entrée de l’air. Ces entrées d’air sont directement dans le couloir et l’extraction de l’air se fait par le plafond via des ventilateurs (absence de comble). La salle Essai est située au pignon “Sud”, les panneaux posés y sont visibles sur la photographie, la deuxième salle n’est pas étudiée et la salle Témoin est au pignon “Nord”.

Photographie extérieure prise le matin de la pose des panneaux réfléchissants en aluminium et photographie du couloir avec le trempage


case type et la fenêtre occultée par l’intérieur
Les méthodes de gestion de la chaleur mises en place par l’éleveur en routine sont : trempage du couloir dans lequel circule l’air entrant via le système de trempage du couloir et occultation intérieure des fenêtres.
Les méthodes ajoutées dans la salle Essai sont : installation d’une buse d’arrosage automatique pour tremper le toit de la salle et installation de panneaux en aluminium sur les fenêtres.
Les températures des salles Essai et Témoin sont comparées entre elles et avec la température extérieure pendant 4 jours.
Les mesures sont faites avec des boitiers type Tinytag ® :
- Un boitier installé sur le mur extérieur en béton, côté Ouest
- Un boitier dans la salle Essai avant dernière case à 1m50 sur la descente d’aliment (sec)
- Un boitier dans la salle Témoin posé au même endroit que la salle essai
Description des températures observées

Nous constatons que les salles Essai/Témoin se comportent de la même façon en terme de températures enregistrées. Dans la salle Témoin, nous avons une température plus basse d’1°C le matin, probablement dû à son orientation Nord. Au cœur de la journée les températures des deux salles sont identiques.
En plein soleil le maximum atteint lors de cette journée est de 58.78°C à l’extérieur. L’écart entre la température la plus fraiche à 6h30 et le pic de température à l’extérieur à 17h30 est de +35°C (de 23 à 58°C ). Cet écart dans le bâtiment est de « seulement » 10°C avec un mini à 26°C et un maxi à 36°C.
Nous constatons plusieurs phénomènes :
- La nuit, la température dans les bâtiments baisse lentement et reste élevée longtemps, sûrement à cause des murs qui conservent la chaleur.
- Le Tinytag ® posé à l’extérieur du bâtiment en plein soleil atteint des températures extrêmes (près de 60°C).
- Le fait de refroidir l’air entrant a permis d’avoir une température dans les salles « contenue » à environ 35°C alors que les températures extérieures à l’ombre ce jour-là était de 40°C (source : météo-ciel) et de 59°C en plein soleil d’après notre mesure.
Effet de l’arrosage du toit : 9h-18h

Nous observons la même inertie que précédemment : les bâtiments ne se refroidissent jamais aussi vite que l’extérieur et la température minimale est de 28°C ce qui reste élevé.
L’ajout de l’arrosage du toit a permis de gagner 1°C entre la salle essai et la salle témoin. Ce gain de température est modéré, et un peu surprenant.
Une explication possible est l’absence de comble, qui empêche la création d’une couche d’air isolante entre le toit et l’air circulant.
Ici, l’arrosage du toit permet de limiter l’augmentation de température du toit et la restitution de chaleur à la salle par radiation uniquement mais n’a pas d’effet sur l’air entrant car l’entrée d’air se fait par le couloir et les fenêtres extérieures.
Effet de l’occultation de fenêtre par un panneau réfléchissant :

Le matin à cause de son exposition Nord, la salle témoin a enregistré une température inférieure de 1°C. Au cours de l’après-midi, au moment où le soleil est exposé sur les fenêtres, la salle avec les panneaux d’aluminium est plus fraîche de 1°C par rapport à la salle Témoin.
Les panneaux réfléchissants apportent donc une légère amélioration par rapport à une simple occultation des fenêtres par de la peinture ou des panneaux collés sur le verre, mais le gain ne dépasse pas ici 1°C.
Nous observons toujours une inertie du bâtiment qui ne refroidit jamais complétement et libère de la chaleur dans les salles alors que les températures extérieures ont chuté depuis longtemps. A noter également la petite chute de température extérieur à 15h suite à une légère pluie, sans effet sur la température intérieure.
BILAN :
L’objectif de ce protocole était de réaliser des mesures simples sur des techniques souvent recommandées sur le terrain et facile à mettre en place en élevage.
Les observations d’intérêt à la suite de cet essai sont :
- Les bâtiments actuels en béton ont une inertie très forte et restituent beaucoup de chaleur pendant la nuit. D’après notre essai, les températures dans les salles n’atteignent leur minimum que très tard vers 6h le lendemain matin. Ce phénomène est aussi visible dans les bâtiments en brique creuse.
- Refroidir les entrées d’air avec un arrosage ou un trempage (principe d’un “cooling “ : l’air chaud passe dans de l’eau froide) est une technique efficace, mais qui impose de renouveler l’eau régulièrement (trempage automatique ou passage régulier).
- Arroser le toit pour rafraîchir le bâtis est utile, mais son efficacité est variable. Ici nous n’avons observé un gain que d’un degré, mais l’efficacité est sûrement plus marquée si l’entrée d’air passe par les combles .
- Occulter les fenêtres par l’extérieur avec une surface réfléchissante (papier aluminium) s’avère également utile. Ici le gain de 1°C est modéré mais nous sommes sur une salle n’ayant que deux fenêtres de petite taille et déjà occultées par l’intérieur. Si vos salles comportent plus de fenêtres, ou si celles-ci ne sont pas déjà occultés, cette pratique est à mettre en place.
Perspectives :
Le trempage du mur extérieur n’a pas été testé, or, aux vues des températures obtenues sur le flanc exposé au soleil, il pourrait être intéressant d’arroser ce flanc et voir l’effet sur (i) la température intérieure des salles et (ii) la cinétique de déchargement de la chaleur emmagasinée.
Attention, la température ressentie par le porc dépend aussi de l’humidité relative et de la vitesse d’air. Le Tinytag ® nous donne l’information concernant l’humidité relative mais pas sur la vitesse d’air. C’est pour cette raison qu’il n’était pas possible de calculer une température ressentie correcte. À la vue des entrées d’air et des ventilateurs tournant à 100%, on peut supposer une vitesse d’air suffisante pour diminuer la température ressentie.
La vitesse d’air et le maintien d’un air sec et renouvelé via une ventilation suffisante est crucial pour assurer des températures ressenties inférieures aux température extérieures.
L’arrosage des couloirs de salle ou des animaux, a été utilisée pendant la canicule mais n’a pas été étudiée ici. Cette pratique si elle fait trop monter l’humidité relative de l’air peut étouffer les animaux et créer une température ressentie plus élevée que la température de la salle et elle peut aussi générer une agitation délétère. Mais si les animaux restent calmes, que la ventilation est suffisamment puissante pour évacuer l’humidité et que l’air extérieur est sec, cela peut aussi rafraichir la salle. C’est donc une technique à utiliser avec précaution et discernement et elle n’a pas été proposée.
Sources :
Godyń D, Herbut P, Angrecka S, Corrêa Vieira FM. Use of Different Cooling Methods in Pig Facilities to Alleviate the Effects of Heat Stress-A Review. Animals (Basel). 2020 Aug 20;10(9):1459. doi: 10.3390/ani10091459. PMID: 32825297; PMCID: PMC7552673.
Renaudeau D, Collin A, Yahav S, de Basilio V, Gourdine JL, Collier RJ. Adaptation to hot climate and strategies to alleviate heat stress in livestock production. Animal. 2012 May;6(5):707-28. doi: 10.1017/S1751731111002448. PMID: 22558920.
Merci à l’éleveur pour sa disponibilité, son intérêt pour la démarche et pour son accueil.
