L’infertilité saisonnière de la truie se manifeste par la baisse observée de l’été jusqu’au début de l’automne des performances de reproduction de nos troupeaux de truies d’élevage et en particulier la baisse du taux de mise-bas.
Ce phénomène est décrit depuis longtemps dans les réseaux de gestion de troupeau de truie aussi bien dans les élevages familiaux que dans les systèmes intégrés de grande taille. De manière intéressante il est décrit sous toutes les latitudes. Il est également observé dans l’hémisphère Sud, à une période opposée de celle observée dans l’hémisphère Nord.
Comment la reconnaître ?

On retrouve sur l’axe vertical le taux de mise-bas, et sur l’axe horizontal les saisons (dans l’ordre printemps, été, automne, hiver)
Une étude plus récente (2009) issue de la collecte de données d’échographie dans le grand ouest de la France sur plus de 600 000 truies inséminées nous donne les résultats suivants :

Le décrochage médian observé au niveau des élevages est de 2,8 %, avec pour le quart le plus affecté un décrochage estival de 7,2 points. Dans cette étude réalisée entre 2003 et 2007, l’année 2003 fut la plus impactée suite à une forte canicule. En effet, au-delà de l’effet saison, les épisodes de fortes chaleurs ont de nombreux impacts sur la performance et le bien-être du troupeau de truies. Pour plus d’informations à ce sujet
Quelle en est la cause ?
Une majorité des auteurs de ces études s’accorde pour dire que la cause première est la variation de la photopériode, c’est-à-dire l’évolution d’une période de jours longs vers des jours courts.
Le graphe suivant (3), issu d’un travail de modélisation réalisée par Sevillano, Claudia & Mulder, Herman & Rashidi, Hamed & Mathur, Pramod & Knol, montre l’évolution mensuelle des taux de mise-bas selon la date d’insémination (données collectées sur 15 années consécutives).

Sur l’axe vertical se trouve le taux de mise bas, sur l’axe horizontal la date.
La courbe pleine montre la moyenne des taux de mise bas calculée sur 15 années de collecte de données.
La courbe en pointillé montre une simulation des taux de mise-bas après correction de l’effet température.
Il est intéressant de constater que la baisse du taux de mise-bas persiste même après prise en compte de la température moyenne. La température apparaît donc comme un facteur aggravant de l’effet saisonnier, mais non comme le facteur déclenchant principal.
3) Quels sont les points de vigilance pour y faire face ?
De manière simplifiée, voici quelques points clés à retenir :
– Limiter le stress des truies autour de l’IA.
– Stimulation correcte des chaleurs.
– Eau fraîche en quantité suffisante, avec une vigilance particulière en période chaude.
– Mise en place de méthodes permettant de limiter la température des bâtiments ou de rafraîchir les animaux.
– Eclairage suffisant pour tout l’atelier truies.
– Gestion de l’alimentation en lien avec les stress thermiques.
Des détails supplémentaires se trouvent plus bas, ainsi que dans d’autres articles de newsletter. N’hésitez pas à consulter notre blog.
ALLONS PLUS LOIN :
QUEL MECANISME ?
Le cycle ovarien de la truie, ainsi que la production de gamètes chez le verrat, dépendent de glandes situées à la base du cerveau (Axe Hypothalamo-Hypophysaire ou AHH). Ce même AHH est lui sous la dépendance de la glande pinéale ou épiphyse située dans le cerveau. Cette glande est responsable entre autres de la production de mélatonine, dont elle va moduler la production en fonction de la photopériode : plus l’animal reçoit de lumière naturelle, moins elle en produit.
Or la mélatonine stimule l’AHH et donc la fonction reproductrice.
Ainsi, lors de périodes de jours courts ou de diminution de la photopériode la stimulation est optimale, et à l’inverse lors de jours longs ou décroissants, la reproduction est inhibée.
A noter que c’est différent chez les bovins dont la reproduction est stimulée en jours longs pour des vêlages au printemps.
POURQUOI UN TEL MECANISME ?
Ce mécanisme se comprend si l’on considère la reproduction chez les sangliers, dont les porcs d’élevage ont gardé certains caractères. Pour permettre un bon développement des jeunes avant l’arrivée de l’hiver, les mises-bas sont concentrées en été et début d’automne.
D’autres facteurs peuvent aggraver l’importance de ce phénomène. Avec la période estivale, nous pensons immédiatement à l’impact de la température dans les élevages qui est bien connu. D’autres newsletters traitent de ce sujet du stress thermique et les circonstances actuelles en font un sujet brûlant d’actualité.
MOYENS D’ACTIONS PERMETTANT DE LIMITER L’INFERTILITE SAISONNIERE
Nous aborderons ici les principaux facteurs mentionnés dans la bibliographie comme pouvant interagir avec l’infertilité saisonnière
LE LOGEMENT
– Recours à des matériaux et techniques permettant de limiter l’impact des fortes températures
– Accès facilité à de l’eau fraîche en quantité et qualité.
– Equipements permettant de limiter la compétition à l’auge et à l’abreuvoir.
– Mise en groupe des truies dès le sevrage pour limiter les combats lorsque les truies amorcent leur gestation.
– Présence d’un verrat pubère pour stimuler la venue en chaleur des truies sevrées.
– Eclairage / Luminosité des bâtiments
Ce dernier point relatif à la lumière en élevage fait l’objet de nombreux travaux et débats :
o Les niveaux exigés par la règlementation (40 LUX minimum, 8h/j) ne sont pas issus d’un consensus scientifique mais d’un compromis entre filière porcine et législateur.
o La sensibilité des porcs à certains spectres lumineux oriente les choix vers des sources de lumières dites « chaudes » (6500 K). La démocratisation des LED permet aujourd’hui d’être plus précis et permettra peut-être de proposer des variations du spectre lumineux selon la période du cycle de la truie, mais aucun travail ne permet encore d’arriver à ce niveau de détail (4).
o La photopériode nous incite de façon empirique à vous proposer une durée constante toute l’année avec un jour de 14/16h, mais comment composer avec l’éclairage naturel présent dans les bâtiments ? Faut-il faire varier la photopériode au cours du cycle des truies comme certains auteurs le suggèrent, avec des jours courts en lactation et plus longue au sevrage ?
L’ALIMENTATION
Le consensus est de maintenir des niveaux alimentaires élevés aux moments critiques :
– Pour les truies en lactation, la composition de la ration alimentaire peut limiter l’impact de la température ambiante sur le niveau de consommation. En concentrant le niveau énergétique de la ration et en diminuant le niveau de protéine, on va faciliter la consommation et limiter la production supplémentaire de chaleur métabolique défavorable. Il est important de maintenir un ratio « acides aminés essentiels essentiels /énergie nette » constant par ajout d’acides aminés de synthèse.
– Réaliser un flushing énergétique après le sevrage.
– Ne pas sous alimenter les cochettes.
INTERVENTIONS MEDICALES – TRAITEMENTS HORMONAUX
Nous ne disposons pas aujourd’hui de traitement hormonal efficace de l’infertilité saisonnière des truies.
Pour les cochettes, la bonne distribution d’Altrenogest permet de les intégrer dans le troupeau de manière synchronisée quelle que soit la période.
En conclusion, la physiologie des porcs est marquée par la biologie évolutive, malgré la domestication. Dans le cas du sujet qui nous intéresse ici, le cycle de reproduction annuelle correspond à une stratégie permettant une meilleure survie des porcelets par une concentration de la reproduction en fin d’hiver/début du printemps, pour des mise-bas fin d’été.
Certains facteurs permettent de limiter l’impact de ce phénomène avec en particulier le logement, la conduite de l’IA et l’alimentation, qui sont des thèmes régulièrement abordés en suivi d’élevage.
L’intervention sur l’éclairage des bâtiments où sont logées les truies pourrait apporter quelques bénéfices.Pour ma part et pour l’avoir expérimenté en élevage avec succès en particulier dans des bâtiments relativement sombres, le maintien de jours longs à partir de fin juin / début juillet (14h/10h) me semble une bonne réponse.
D’autres travaux, en cours ou à venir, permettront d’éclaircir davantage un sujet qui reste encore partiellement dans l’ombre.
SOURCES:
1: Seasonal effects on fertility in gilts and sows, Love RJ, Evans G, Klupiec C., J Reprod Fertil Suppl. 1993;48:191-206. PMID: 8145204.
2: L’infertilité d’été des truies en France : étude descriptive dans 266 élevages suivis sur cinq ans et analyse du rôle de la température estivale, Vincent AUVIGNE, Philippe LENEVEU, Christophe JEHANNIN, Elisabeth SALLÉ, Journées Recherche Porcine, 41, 203-208, 2009
3: Genetic variation for farrowing rate in pigs in response to change in photoperiod and ambient temperature, Sevillano, Claudia & Mulder, Herman & Rashidi, Hamed & Mathur, Pramod & Knol, Egbert. Journal of Animal Science, 94, 2016. 10.2527/jas.2015-9915.
4: Influence de la lumière sur le bien-être des porcs, Alice SCAILLIEREZ, Sofie VAN NIEUWAMERONGEN – DE KONING, Yannick RAMONET, Iris BOUMANS, Rik VAN DER TOL, Eddie BOKKERS, JRP 2026
