La mise-bas est un événement clé dans le cycle de reproduction de la truie. Elle marque l’aboutissement de la gestation et le démarrage de la phase de lactation. Il est donc primordial d’optimiser la qualité de mise-bas afin de (i) faire naitre des porcelets vigoureux grâce à une mise-bas pas trop longue et (ii) d’avoir une bonne production de colostrum et lait.
Que se passe-t-il autour de la mise-bas ?
Afin de savoir comment optimiser la mise-bas, il est important de comprendre le déroulé physiologique et les éléments (physiques ou hormonaux) qui peuvent interférer avec ce déroulé normal.
D’un point de vue hormonal, le déclenchement et le déroulement de la mise-bas sont très finement réglés par diverses hormones (Figure 1) :
- Certaines dont la sécrétion chute, notamment la progestérone, hormone du maintien de la gestation qui chute sur les derniers jours de gestation ;
- D’autres font des pics, notamment la prostaglandine qui participent à la baisse de la progestérone mais aussi au développement du comportement de nidification ;
- D’autres sont sécrétées de façon pulsatile, notamment l’ocytocine, qui participe aux contractions utérines et à l’expulsion du colostrum et du lait.

Il est primordial que ces changements hormonaux puissent se faire de façon optimale afin d’avoir :
- Un niveau de progestérone le plus bas possible. Des études ont montré que des truies avec des niveaux plus élevés de progestérone verront la durée de leur mise-bas augmenter et la qualité ainsi que la quantité du colostrum diminuer (Foisnet et al, 2010, Hasan et al, 2019).
- Des pics et une concentration en ocytocine plus importants pour une mise-bas plus rapide et limiter ainsi le risque de dysgalactie post-partum.
Comment optimiser tout cela direz-vous ?
Voilà quelques éléments pouvant impacter ces variations hormonales (et parfois un impact sur d’autres aspects) et donc pénaliser la qualité de la mise-bas.
L’environnement de mise bas et le comportement de nidification :

Le comportement de nidification est la conséquence de l’augmentation de la prostaglandine en parallèle de la diminution de la progestérone.
Ce phénomène, s’observant dans les 24 h précédant la mise-bas, a un impact direct sur la durée de mise-bas via la sécrétion d’ocytocine.
Une étude (Oliviero et al, 2008) a comparé des truies mettant bas sur paille, en liberté (« pen ») à des truies mettant bas bloquées sur sol béton (« crate »).
Les truies mettant bas en liberté ont des concentrations d’ocytocine sanguine 2 fois plus élevées que le groupe bloqué et leur durée de mise-bas dure en moyenne 217 min soit 3h36min contre 311 min pour les truies bloquées soit 5h10min (Figure 2).
Or on sait que plus les mise-bas sont longues, plus il y a de risque d’avoir des morts nés.
Ainsi donner l’opportunité à vos truies d’exprimer ce comportement naturel de nidification, via le type de case et/ou la mise à disposition de matériaux manipulables type paille, papier, toile de jute, permet de reproduire au mieux les variations hormonales qui entourent la mise-bas et donc d’optimiser la qualité de la mise-bas.
Vigilance à l’état corporel des truies à la mise-bas :
Le sujet de l’état corporel des truies à la mise-bas à un double impact, à la fois un impact physique et un impact hormonal. En effet, des truies trop grosses, que ce soit de gras, de muscle, ou des deux, entraîne des conséquences sur la mise-bas et le démarrage en lactation.
- Pour le « trop de gras »,
Une étude de 2010 montre que plus l’épaisseur de lard est importante, plus la durée de mise-bas l’est aussi :

D’un point de vue physique, le fait d’avoir des truies trop grasses peut être gênant par (i) une diminution du diamètre des voies génitales par les couches graisseuses qui créent un obstacle physique et par (ii) l’infiltration du muscle utérin par de la graisse qui réduit son pouvoir de contraction.
Du point de vue hormonal, le fait d’avoir un excès de graisse impacte le stockage des hormones liposolubles comme la progestérone. Son stockage va ralentir la chute de concentration et notamment limiter l’activation des récepteurs de l’ocytocine, limitant par la suite l’action contractile de cette hormone.
- Pour ce qui est du « trop de muscle »,
Globalement une truie trop musclée verra sa durée de mise-bas augmenter du fait d’une gêne physique des muscles et bien souvent sa consommation en lactation et sa production de lait seront plus faible (Martineau et Morvan, 2010)
Il faut donc porter une vigilance particulière à l’état du cheptel truie afin d’avoir des truies qui arrivent à la mise-bas en bon état corporel, soit avec suffisamment de réserves de graisse mais pas trop et suffisamment de muscle mais pas trop non plus.
Attention à la constipation !
A plusieurs égards, le fait d’avoir des truies constipées autour de la mise-bas peut être pénalisant : douleur, gêne physique et obstruction des voies génitales et formation d’endotoxines rejoignant la mamelle. Les conséquences directes de la constipation peuvent être une augmentation du temps de mise bas, une moindre production de lait et un risque de mammites plus important.
Une étude (Oliviero et al, 2009) a comparé l’impact d’un régime alimentaire riche en fibres (7% de cellulose brute) contre un régime faible en fibres (3,8% de cellulose brute) distribuée à partir de 21j avant mise-bas. Il apparaît que la distribution de l’aliment plus riche en fibre est bénéfique via :
- Une moindre constipation des truies autour de la mise-bas et dans les jours qui suivent ;
- Une meilleure consommation d’eau avant et pendant la mise-bas, ainsi que sur le début de lactation ;
- Une meilleure croissance des porcelets sur les 5 premiers jours de vie.
Dans vos élevages, attention donc à l’apport en fibres en fin de gestation. Souvent les formules gestantes sont assez riches en fibres mais les formules allaitantes moins, pouvant favoriser ce type de problème. Ne pas hésiter à consulter votre vétérinaire ou votre technicien en nutrition pour ajuster la formule de l’aliment ou intégrer des sources spécifiques (pulpe de betterave par exemple) afin d’apporter plus de fibres en vue de la mise-bas.
De même s’assurer d’un bon accès à l’eau des truies avec une eau de bonne qualité et pour une bonne consommation d’eau en maternité un débit de 4L/min est recommandé.
Conclusion :
Voilà donc quelques points à valider dans vos élevages pour mettre les truies dans des conditions optimales pour un bon déroulé de mise-bas et ce qui suit.
Si vous souhaitez faire le point sur l’état corporel de votre cheptel ou la situation en termes de constipation sur votre cheptel, n’hésitez pas à solliciter votre vétérinaire !
Il y a bien sûr il existe d’autres points qui restent à aborder comme le confort thermique notamment, mais il nous faut garder du contenu pour de prochains articles !
Références :
Farmer C. The gestating and lactating sow. Chapitre 10 : Housing, management and environment during farrowing and early lactation. 2015.
Foisnet A. Variabilité de la production de colostrum par la truie : implication des changements endocriniens et métaboliques en période péripartum. Thèse. 2010.
Hasan S., Orro T. Valros A., Junnikkala S. Peltoniemo O., Oliviero C. Factors affecting sow colostrum yield and composition, and their impact on piglet growth and health. 2019. Livestock Science. V 227, p 60-67.
Martineau GP et Morvan H. Maladies d’élevage des porcs. Chapitre : Le syndrome de la truie hyper-musclée. 2010.
Oliviero C., Heinonen M., Valros A., Hälli O., Peltoniemi O. Effect of the environment on the physiology of the sow during late pregnancy, farrowing and early lactation. 2008. Animal Reproduction Science. V 105, p365-377.
Oliviero C., Kokkonen T., Heinonen M., Sankari S., Peltoniemi O. Feeding sows with high fibre diet around farrowing and early lactation : impact on intestinal activity, energy balance related parameters and litter performances. 2009. Research in Veterinary Science. V 86, p 314-319.
Oliviero C., Heinonen M., Valros A., Peltoniemi O. Environmental and sow related factors affecting the duration of farrowing. 2010. Animal Reproduction Science. V119, p85-91.