Comprendre les leviers pour améliorer la fertilité en élevage porcin
1. Reprise de l’activité ovarienne après le sevrage:
Pendant la lactation, la succion des porcelets stimule la sécrétion de prolactine, qui inhibe l’activité ovarienne via une baisse de la libération de GnRH. Cela bloque l’ovulation.
Au moment du sevrage, la chute de la prolactine permet une reprise rapide de l’activité ovarienne, à condition que la truie soit en bon état corporel et ait subi une lactation équilibrée.
Intervalle optimal sevrage-chaleur : 4 à 6 jours
2. État corporel : pilier de la fertilité
Une perte excessive de poids ou de réserves corporelles pendant la lactation retarde le retour en chaleur et diminue la qualité ovocytaire. Les causes principales incluent :
• Un apport énergétique insuffisant
• Des portées très prolifiques
• Le stress thermique
Objectif pratique : éviter une perte de plus de 10 % du poids corporel pendant la lactation.
Selon Feyera & Theil (2017), une truie allaitante a besoin de 9 à 10 MJ d’énergie métabolisable/kg et de 0,9 à 1,1 % de lysine digestible pour maintenir un bon état corporel et soutenir la production laitière.
3. Durée de lactation : équilibre entre productivité et fertilité
Attention, une lactation trop courte (< 18 jours) nuit à la maturation des follicules.
Une étude menée par Lopes et al. (2020) a examiné la croissance des follicules ovariens pendant la lactation et son impact sur les performances reproductives des truies sevrées. Les résultats ont montré que la taille des follicules à la fin de la lactation est déterminée dès les premiers jours suivant la mise bas et reste relativement constante jusqu’au sevrage. Les truies présentant des follicules de petite taille au moment du sevrage avaient des intervalles sevrage-œstrus plus longs, une incidence plus élevée d’anoestrus post-sevrage (mauvaise chaleur) et des portées plus petites. Ces observations suggèrent qu’une lactation trop courte peut interrompre le développement folliculaire, affectant ainsi la fertilité ultérieure.
4. Influence de la lactation sur la lactation suivante
Il est désormais bien établi que la qualité de la lactation actuelle conditionne non seulement la fertilité à court terme, mais aussi la production laitière future, notamment via la maturation des tissus mammaires.
Maturation mammaire et stimulation hormonale
Le développement de la glande mammaire se poursuit tout au long de la vie productive de la truie. Pendant la première moitié de la lactation, les tissus glandulaires continuent de se différencier sous l’influence de la prolactine et d’autres hormones lactogènes. Une lactation trop courte ou peu stimulée peut :
• Interrompre cette différenciation,
• Limiter le développement des alvéoles sécrétoires,
• Réduire la capacité laitière lors de la portée suivante.
Des travaux menés par Farmer et al. (2012) ont montré que l’arrêt précoce de la lactation, ou une stimulation insuffisante des tétines, conduisent à une involution mammaire accélérée, affectant la production ultérieure.
Importance de la stimulation uniforme
Chaque tétine non stimulée pendant la lactation voit son développement s’atrophier progressivement. Cela explique pourquoi :
• les portées déséquilibrées (petits porcelets ou compétition excessive) peuvent réduire l’utilisation homogène des mamelles
• une gestion attentive du colostrum (adoption, homogénéité des portées) favorise la stimulation globale des tétines.
Bonnes pratiques :
• Favoriser une lactation complète d’au moins 21 jours pour assurer le développement mammaire.
• S’assurer que chaque tétine est utilisée lors de la tétée (notamment en 1ère lactation).
• Éviter la sous-utilisation des glandes mammaires, en particulier chez les primipares, pour maximiser la production laitière future.
5. Recommandations concrètes
Formule alimentaire adaptée :
• Énergie > 9 MJ EN/kg
• Lysine digestible : 0,9 à 1,1 %
• Apport suffisant en minéraux et acides gras essentiels
Stimuler la prise alimentaire :
• Température de la salle < 22 °C
• Eau propre à volonté
• Répartition des repas en plusieurs prises/jour
Suivi de l’état corporel :
• Faire un suivi d’ELD, de notes d’état corporel ou autre
Gestion cohérente du sevrage :
• Groupement des sevrages pour une meilleure organisation des inséminations
• Éviter les sevrages précoces sans encadrement technique renforcé
6. Conclusion
La fertilité post-sevrage dépend fortement de la phase de lactation. Une truie bien alimentée, stabilisée dans son état corporel, sevrée à un moment optimal, et ayant stimulé pleinement sa glande mammaire, revient en chaleur plus rapidement et prépare une lactation suivante plus productive.
Ces liens biologiques, validés par la recherche, sont des leviers puissants au service de la performance et du bien-être des truies en élevage.
Références :
Feyera, T., & Theil, P. K. (2017). Livestock Science, 201, 50-57
Lopes, T. P., Padilla, L. C., Bolarin, A., Rodriguez-Martinez, H., & Roca, J. (2020). Ovarian Follicle Growth during Lactation Determines the Reproductive Performance of Weaned Sows. Animals, 10(6), 1012.
Chambres d’Agriculture (CRECOM, 2023)
Farmer, C., Palin, M.-F., & Quesnel, H. (2012). The mammary gland of swine: Development, lactation and involution. Animal, 6(8), 1310–1317.