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Epidalis, le bien-être animal

Êtes-vous au point sur le bien-être animal ?

Respecter le bien-être animal est une mission que les producteurs de porcs souhaitent mettre en place dans leurs élevages au quotidien. Les vétérinaires peuvent les accompagner pour que les 5 principes du bien-être animal et la réglementation qui en découle puissent être respectés.

Des formations VIVEA menées par la Société Nationale des Groupements Vétérinaires sont donc mises en place pour mieux appréhender ces notions et pouvoir les retranscrire dans les élevages.

Le consommateur a de fortes attentes sur le bien-être animal au niveau mondial. L’éleveur doit en tenir compte dans ses pratiques. Savoir le respecter et le faire savoir dans des opérations de communication est un gage pour renouer le lien avec le consommateur.

A la question « selon vous, dans quelle mesure est-ce important de protéger le bien-être des animaux d’élevage », 98% des Français interrogés répondent que cet aspect est important, voire très important (Statistica, 2015).

De plus, l’animal fut considéré comme un être sensible pour la première fois en 1976 dans le code rural et en 2015 dans le code civil, ce qui conduit des consommateurs majoritairement sous influence urbaine à de plus en plus prendre en compte le bien-être des animaux.

Le projet ACCEPT conduit par le Casdar depuis 2014 a pour mission de produire une cartographie des controverses sur l’élevage français en s’appuyant sur des entretiens et une analyse bibliométrique. Une évaluation quantitative et qualitative des regards de la société sur l’élevage et des éleveurs sur les attentes sociétales a été effectuée.

Selon le projet ACCEPT, alors qu’une petite minorité (2%) est considérée comme « abolitionniste » avec le souhait d’arrêter l’élevage et la consommation de viande, la majorité des enquêtés souhaite des systèmes plus progressistes voire alternatifs. Ils prônent une diversité des systèmes avec une optimisation de la production standard et un soutien fort au bio, aux circuits courts et aux systèmes alternatifs avec une fin du système intensif.

La charte Inaporc met en valeur les bonnes pratiques dans les élevages de porcs français. Sa thématique large allant du bien-être des animaux à l’alimentation pourra faire l’objet d’un étiquetage (« labelling »). Des grilles d’auto-évaluation du bien-être animal existent afin d’aider les éleveurs à progresser. Elles ont été mises en place par l’IFIP.

Les principes du bien-être animal :

  1. Ne pas souffrir de la faim ou de la soif
  2. Ne pas souffrir d’inconfort
  3. Ne pas souffrir de douleurs, de blessures ou de maladies
  4. Pouvoir exprimer les comportements propres à l’espèce
  5. Ne pas éprouver de peur ou de stress

Ce qu’en dit la loi

Ces dernières années, la réglementation sur le bien-être animal a beaucoup évolué. Ainsi, un éclairement de 40 lux pendant au moins 8 h par jour est obligatoire et les bruits continus de plus de 85 dB doivent être éliminés. Tous les animaux de plus de 15 jours d’âge doivent avoir un accès permanent à l’eau. L’accès à des matériaux manipulables est aussi obligatoire pour tous les porcs en groupe (gestantes, porcelets et porcs charcutiers). De la paille, de la sciure ou des « jouets » sont acceptés.

Verraterie/Gestantes

Les verrats en cases bloqués sont interdits. Ils doivent disposer d’au moins 6 m2 tout en pouvant voir et entendre d’autres animaux. Depuis 2013, tous les bâtiments doivent obligatoirement présenter les truies gestantes en groupes. Elles peuvent cependant être attachées en verraterie à partir du sevrage et jusqu’à 4 semaines après l’insémination.

Maternité/Post sevrage

Depuis 2006, les truies à l’attache sont interdites mais leur blocage est autorisé.
La coupe des dents et des queues est interdite en routine sauf si le fait de ne pas les couper pose des problèmes non résolus par d’autres moyens dans l’élevage. Des preuves de blessures de mamelles, d’oreilles ou de morsures de queues doivent pouvoir être détectées. Ces manipulations ainsi que la castration doivent se faire avant 7 jours. Au-delà, l’intervention d’un vétérinaire est obligatoire avec anesthésie et analgésie.
Le sevrage à 28 jours au plus tôt est préconisé, sauf si les porcelets sont conduits en nurserie ou post-sevrage.

Tableau 1 : Dimension des caillebotis béton
 Groupe truies méfiantesGroupe truies confiantes
% de truies confiantes58,8 %78,5 %
ISSF14,39,2
Porcelets/truie/an22,824,3
Tableau 2 : Surface par animal
SecteurPoidsSurface (m2/animal)
Post-sevrage<10 kg0,15
10 à 20 kg0,20
20 à 30 kg0,30
30 à 50kg0,40
Engraissement30 à 50 kg0,40
50 à 85 kg0,55
85 à 110 kg0,65
> 110 kg1,00
Tableau 3 : Indicateurs de bien-être et critères d’évaluation associés (les critères mesurés sur l’environnement figurent en italique)
IndicateursCritères
État général, santéGriffures/écorchures, plaies, abcès
Lésions de la queue et des oreilles
Boiteries
État d’engraissement adéquat (ni trop maigre ni trop gras)
Faible mortalité
Autres : État misère psychologique, hernie…
Infirmerie
ComportementComportements naturels exprimés
Comportements d’investigation
Comportements sociaux positifs et négatifs
Absence de faim et de soifNombre de porcs par place pour l’alimentation et l’abreuvement
Absence d’inconfortRépartition des animaux dans la case
Postures/activités traduisant le dérangement des animaux
Bursites
Propreté des animaux
Propreté de la case
Surface/case, surface/animal
Absence de peur et d’anxiétéÉvaluation de la relation entre l’homme et le groupe de porcs dans la case
Tableau 4 : Éthogramme utilisé pour le relevé des comportements des porcs charcutiers
ComportementsDescription
Comportement social positifLe porc flaire, lèche ou manipule un congénère sans réaction de celui-ci
Comportements de jeux
Comportement social négatifAgression, coup de tête, morsure d’un autre porc
Massage/tétée des flancs/tétines d’un porc
Activités d’investigationLe porc explore, flaire, lèche les éléments de la case
Comportement traduisant la promiscuitéAssis immobile : le porc est assis inactif, les pattes avant tendues
Locomotion sur porc : le porc marche ou s’appuie sur un autre porc
ReposLe porc est allongé et inactif
AutreComportements actifs non-cités ci-dessus

Question de douleur

Les vétérinaires s’accordent à établir une classification sur les types de douleurs engendrés par certaines manipulations ou maladies en élevage porcin. Pour les charcutiers, la castration et l’arthrite sont considérés comme les plus douloureux et pour les truies ce sont les mise-bas, les MMA et l’arthrite panaris.

La douleur est définie selon deux composantes essentielles : l’une sensorielle (nociception) et l’autre émotionnelle. Le contexte et l’expérience peuvent comme chez l’homme moduler la douleur.

Il faut distinguer perception de la douleur et expression. Ainsi, les structures nerveuses responsables de la perception de la douleur sont développées et fonctionnelles dès la naissance. Les nouveaux-nés auraient des mécanismes immatures inhibiteurs de la douleur (modulation) qui est un système endogène de contrôle de la douleur. Les expériences douloureuses à un âge précoce produisent un processus de sensibilisation.

Dans le cas d’une inflammation, la douleur fait partie des caractéristiques au même titre que la chaleur, les rougeurs et la tumeur.

Tableau 5 : Indices comportementaux en cas de douleur
Indices comportementaux 
VocalisationsNombre et durée des cris
Intensité des cris
Composante spectrale des cris
PosturesAntalgiques
Immobilité tonique
Locomotion
Fuite
Comportement généralAgitation
Prostration
Isolement
Agressivité
Perte d’appétit

Les douleurs liées aux vaccinations et autres injections peuvent être réduites en changeant fréquemment les aiguilles (une par truie et par portée de porcelets). L’adaptation de la taille de l’aiguille à celle de l’animal est aussi préconisée.

Les injections intramusculaires doivent être bien conduites pour éviter les douleurs. Il existe des techniques simples comme le fait d’alterner régulièrement les sites d’injection en utilisant les deux côtés de l’animal. Le site adéquat se situe :

  • Pour les reproducteurs : un travers de main en-dessous de la ligne du dos et un travers de main à l’arrière de l’oreille.
  • Pour les animaux de 35 à 105 kg : trois doigts en-dessous de la ligne du dos et trois doigts à l’arrière de l’oreille.
  • Pour les porcelets : un doigt en-dessous de la ligne du dos et un doigt à l’arrière de l’oreille.

Une bonne technique d’injection est nécessaire pour éviter les douleurs ((Schéma du powerpoint page N°62 – fichier à fournir))

Afin de réduire la douleur, il existe la règle des 3S :

  • Soulager
  • Substituer
  • Supprimer

La maladie

Face à un porc malade, il existe deux solutions : le soigner si c’est possible ou sinon le réformer ou l’euthanasier. Pour aider à la décision, des outils pratiques existent : guides de l’IFIP, publications, articles de magazine.

Intervenir le plus rapidement possible est bénéfique sur plusieurs plans : pour des raisons éthiques via le bien-être animal, mais aussi pour des raisons économiques et réglementaires.

Le comportement

Des études ont été conduites concernant le comportement des truies à la mise-bas.

D’après une étude de Marie-Estelle Caille et Marion Coumailleau des chambres d’agriculture de Bretagne sur les éléments manipulables, la toile de jute serait plus efficace 12h avant la mise-bas que des algues. On assiste à une manipulation plus importante du matériau et à un comportement de nidification plus long.

Une autre étude conduite en 2008 par Oliviero et al. montre que les mises-bas sont plus courtes pour des truies en liberté grâce à une sécrétion plus importante d’ocytocine.

Concernant les porcelets, le comportement de cannibalisme peut être prévenu en ayant une ventilation et un système d’élevage adapté aux cochons. Ceci passe par un milieu enrichi (ce qui est aujourd’hui obligatoire), pas de surcharge d’animaux et pas de mélange après le sevrage.

Un bon matériel d’enrichissement doit être propre, facile d’accès, déformable, au sol ou près du sol, peu mobile mais non fixe, destructible et comestible.

Les comportements importants sont identifiés lorsque en cas de restriction de ceux-ci, l’animal les redirige, a des réactions de stress et/ou fait apparaitre des stéréotypies.

Le stress

Le stress peut avoir plusieurs réponses en fonction de la réponse hormonale et du comportement. Soit le porc s’adapte, soit il est en situation de stress chronique. Des tests permettent d’évaluer la confiance (test d’approche au milieu des animaux, test d’approche de la main).

D’après une étude ISPAIA, les truies d’élevage sont majoritairement confiantes (66%). Cependant elles sont pour 21% craintives et 13% méfiantes.

Une étude a été menée par Hemsworth en 1981 et a enregistré les résultats sur 12 élevages identiques concernant le test d’approche de la main (1225 truies) et le test d’approche en case (40 truies par élevage). Elle montre que sur un échantillon de truies confiantes, le taux de mise-bas est meilleur que sur l’échantillon de truies craintives.

Ces résultats ont été confirmés en France par Robert, Leneuveu et al. en 2000. Le groupe de truies méfiantes avait un intervalle sevrage-saillie fécondante supérieur et mettait au monde un nombre inférieur de porcelets par an.

Tableau 6 : Confirmation en France de l’approche d’Hemsworth (Robert, Leneuveu et al., IPVS, 2000)
 Groupe truies méfiantesGroupe truies confiantes
% de truies confiantes58,8 %78,5 %
ISSF14,39,2
Porcelets/truie/an22,824,3

D’après une formation VIVEA « Bien-être animal : une opportunité pour la filière ? » conduite par la Société nationale des groupements techniques vétérinaires et animée par Delphine Pottier et Patrick Bourguignon.